Article technique

Analyse de Cycle de Vie : nos engagements pour une responsabilité numérique durable

Dans notre précédent article « État des lieux des initiatives Green IT chez BTI-Advisory », nous avons présenté notre approche de responsabilité numérique, en mettant l’accent sur quatre principes clés : mesurer pour comprendre, agir pour réduire, communiquer pour sensibiliser et continuer pour s’améliorer.

Pour concrétiser nos objectifs Green IT 2023, nous avons adopté la méthodologie d’analyse de cycle de vie (ACV) pour évaluer notre système d’information de manière exhaustive.
Cet article résume nos résultats obtenus grâce à cette démarche, démontrant notre engagement envers la durabilité environnementale.

Le contexte

Ce projet s’inscrit dans la continuité de notre démarche RSE et Green IT visant à avoir une empreinte sociétale positive et à réduire notre impact environnemental. En tant qu’entreprise du secteur tertiaire, notre utilisation intensive de produits et services numériques nous pousse à quantifier et minimiser cet impact, en effaçant la notion de dématérialisation souvent associée à l’informatique.

Les objectifs de ce projet sont :

  • Diffuser nos résultats en toute transparence.
  • Établir un plan d’action pour limiter et réduire nos impacts.
  • Tester la plateforme PaaS de notre partenaire, Résilio, pour évaluer son efficacité dans notre contexte opérationnel.

LE DÉROULEMENT DU PROJET

  1. Définition du périmètre
  2. Inventaire
  3. Étude de maturité
  4. Validation
  5. Étude des résultats
  6. Plan d’actions

La méthodologie : Analyse de Cycle de Vie de type screening et évaluation de maturité des usages d’un système d’information 

Afin de comprendre où sont nos impacts et comment nous pouvons y remédier, il est indispensable de mesurer quantitativement et d’analyser qualitativement nos usages.  

L’ACV de type screening 

L’analyse de cycle de vie (ACV) est une méthodologie utilisée pour évaluer les impacts environnementaux de produits ou services. Elle est normée ISO 14040/14046. Les caractéristiques d’une ACV sont les suivantes : 

  • De la fabrication à la fin de vie : chaque étape du cycle de vie est intégrée pour éviter les transferts d’impacts. Extraction des matières premières, fabrication, transport, utilisation, fin de vie, valorisation, cela garantit une vision d’ensemble. 
  • Multicritères : elle repose sur plusieurs indicateurs environnementaux 
IndicateurExplicationUnité
ADPe Utilisation des ressources minérales et métalliques – Ces ressources abiotiques minérales et métalliques sont limitées. Cet indicateur mesure la quantité en équivalent antimoine retirée de la nature. Equivalent Kilo d’antimoine (kg Sb eq) 
ADPf Utilisation des ressources fossiles – Ces ressources abiotiques fossiles sont limitées. Cet indicateur mesure la quantité en mégajoule c’est-à-dire l’énergie potentielle dégageable de cette extraction. Mégajoule (MJ) 
AP Acidification – Cet indicateur calcul la perte de nutriments (calcium, magnésium, potassium…) et leur taux de remplacement par des éléments acides (comme des ions hydrogène) Equivalent Molécule d’hydrogène (mol H+ eq) 
CTUe Ecotoxicité eau douce – Cet indicateur mesure l’émission des substances toxiques dans l’eau douce. (CTUe) 
CTUh-c Toxicité pour l’homme cancérogène – Cet indicateur reflète les dommages potentiels sur la santé humaine qui accentuent la possibilité de cancers. (CTUh) 
CTUh-nc Toxicité pour l’homme non cancérogène – Cet indicateur reflète les dommages potentiels sur la santé humaine.  (CTUh-nc) 
Epf Eutrophisation de l’eau douce – Cet indicateur mesure le potentiel de pollution de certains écosystèmes lorsque que trop de nutriments sont introduits, créant des algues. Equivalent kilo de phosphore (kg P eq) 
Epm Eutrophisation marine – Cet indicateur mesure le potentiel de pollution de certains écosystèmes lorsque que trop de nutriments sont introduits. Equivalent kilo d’azote (kg N eq) 
Ept Eutrophisation terrestre – Cet indicateur mesure le potentiel de pollution de certains écosystèmes lorsque que trop de nutriments sont introduits. Equivalent mole d’azote (mol N eq) 
GWP Changement climatique – Cet indicateur mesure le potentiel de réchauffement global lié au gaz à effet de serre ramené à leur équivalent en CO2. Equivalent kilo dioxyde de carbone (kg CO2 eq) 
GWPb Changement climatique biogénique – Cet indicateur mesure le potentiel de réchauffement climatique d’un kilo d’émission biogénique de CO2 par rapport à un kilo de CO2 fossile. Equivalent kilo dioxyde de carbone (kg CO2 eq) 
PRPf Changement climatique fossile –  Equivalent kilo dioxyde de carbone (kg CO2 eq) 
GWPlu Changement climatique utilisation des terres et changement d’affectation des terres Equivalent kilo dioxyde de carbone (kg CO2 eq) 
IR Rayonnement ionisant, problématique pour la santé humaine – Cet indicateur mesure le rayonnement ionisant, forme d’énergie libérée par certains atomes rapporté à l’uranium. Equivalent kilo d’uranium (kBq U235 eq) 
LU Utilisation des sols – Cet indicateur mesure l’impact relatif à l’occupation et à la transformation des terres liées à des activités humaines. Sans dimension 
ODP Appauvrissement de la couche d’ozone – Cet indicateur mesure le potentiel de déplétion de la couche d’ozone dans la stratosphère. Equivalent kilo de chlorofluorocarbures (kg CFC-11 eq) 
PM Matières particulaires qui augmentent l’occurrence de maladies – Cet indicateur mesure la concentration de solides et liquides en suspension dans un gaz pouvant engendrer des maladies. Occurrences de maladies 
POCP Formation photochimique de l’ozone – Cet indicateur mesure le potentiel de création d’une couche d’ozone photochimique au sol. Equivalent kilo de composés organiques volatils non méthaniques (kg NMVOC eq) 
WU Consommation d’eau – Cet indicateur mesure la consommation en eau, ce qui permet d’évaluer la tension sur l’eau douce. Equivalent mètre cube (m3 eq) 
TPE Energie primaire totale – Cet indicateur mesure la somme de toutes les sources d’énergies en provenance de réserves naturelles (gaz, charbon, pétrole, uranium, hydraulique…). Mégajoule (MJ) 
WEEE Masse des déchets électriques et électroniques – Cet indicateur mesure la masse de déchets d’équipements électriques et électronique. Kilo de déchets électriques et électroniques (kg de DEEE) 

L’organisation est étudiée sous 10 domaines : 

  • Vue détaillée
  • Paramètres
  • Environnement utilisateur
  • Impression
  • Téléphonie
  • Réseau local
  • Internet et réseaux
  • Datacenters
  • Cloud
  • Département IT

Pour chaque domaine, le principe est simple, il s’agit de compter. Compter combien d’ordinateurs portables du modèle X de tant de pouces nous avons, depuis combien de temps, quelle part provient du reconditionné, quelle part bénéficie d’une seconde vie, et pour combien de temps. Le principe simple devient plus complexe : où trouver la donnée, comment s’assurer de la fiabilité de nos entrées ? 

Audit de maturité : la prise en compte des usages 

Lors de notre première phase nous avions également réalisé notre propre outil de maturité que nous avions testé en interne. A nouveau, dans une démarche d’amélioration continue, nous avons réévalué nos usages du numérique à l’aide de l’outil proposé par Résilio.  

Il s’agit à nouveau d’une passe domaine par domaine qui se décompose de la manière suivante : 

  • La bonne pratique 
  • Une description détaillée 
  • Le degré d’application : non prioritaire – recommandé – prioritaire 
  • Le degré de difficulté de mise en œuvre : facile – standard – difficile  
  • La note CMMI (Capability Maturity Model Integration), modèle de référence pour évaluer la mise en place d’une bonne pratique 

Nous avons réalisé plusieurs passes sur cette étude de maturité. En effet, les critères de notation CMMI sont très précis et exigent une approche rigoureuse. A ce titre, certaines des bonnes pratiques sont mises en place mais peu ou pas formalisées ce qui limite notre passage à un grade CMMI supérieur. Cependant, cela nous donne des pistes de travail intéressantes pour notre plan d’actions. 

Les résultats

Vue d’ensemble des indicateurs et des étapes de Cycle de Vie

Nous présentons l’empreinte environnementale totale pour chaque indicateur, rapportée par utilisateur chez BTI-Advisory, mise en perspective avec le Benchmark 2022. Deux exemples concrets sont :

  • 84 mètres cubes d’eau = 41 minutes de douche/jour/personne
  • 106,1 kg CO2 eq = 2,4 km en voiture/jour/personne

Attardons-nous un moment sur les phases du cycle de vie qui ont le plus d’impact, selon notre étude. Bien qu’il soit maintenant reconnu que les impacts environnementaux se concentrent majoritairement sur la phase de fabrication (extractions des ressources, utilisation d’eau bleue, destruction de biodiversité), il est intéressant de comprendre comment l’allongement de durée de vie du matériel peut lentement amortir cette empreinte.

IndicateurExplicationUnitéValeur totaleValeur par utilisateurValeur par utilisateur Benchmark 2022
ADPe Utilisation des ressources minérales et métalliques kg Sb eq 0.1 2.9e-3 0,016 
ADPf Utilisation des ressources fossiles  MJ 101 046.2 2590.9 13 534 
APAcidification  mol H+ eq 23.9 0.6 
CTUeEcotoxicité eau douce  CTUe 74 931.4 1921.3  
CTUh-cToxicité pour l’homme cancérogène  CTUh 1.7e-6 4.4 e8  
CTUh-ncToxicité pour l’homme non cancérogène CTUh-nc 5.2e-5 1.3e-6  
Epf Eutrophisation de l’eau douce  kg P eq 2.1 5.3e2  
Epm Eutrophisation marine  kg N eq 6.3 0.2  
Ept Eutrophisation terrestre   mol N eq 36.1 0.9  
GWP Changement climatique kg CO2 eq 4 137.5 106.1 426 
GWPb Changement climatique biogénique kg CO2 eq 18.5 0.5  
PRPf Changement climatique fossile  kg CO2 eq 4 120.7 105.7  
GWPlu Changement climatique utilisation des terres et changement d’affectation des terreskg CO2 eq 0.1  
IR Rayonnement ionisant, problématique pour la santé humaine kBq U235 eq 3 992.7 102.4 612 
LU Utilisation des sols  Sans dimension 11 890.4 304.9  
ODP Appauvrissement de la couche d’ozonekg CFC-11 eq 7.3e-4 1.9e5  
PM Matières particulaires qui augmentent l’occurrence de maladies  Occurrences de maladies 1.1e-4 2.7e-6 1.55e5 
POCP Formation photochimique de l’ozone  kg NMVOC eq 10.2 0.3  
WU Consommation d’eau  m3 eq 3 295.6 84.5 235 
TPE Energie primaire totale  MJ 65 907.5 1689.9 13 383 
WEEE Masse des déchets électriques et électroniques  kg de DEEE    

Ces résultats sont à croiser avec notre étude de maturité des usages du numérique et notre politique d’achat et de fin de vie. Prenons l’exemple des postes utilisateurs :

  • Ordinateurs achetés : utilisés en moyenne 3 ans.
  • Ordinateurs loués : partiellement reconditionnés et reconditionnés à la fin de la location.

Nous limitons l’achat de nouveaux matériels en garantissant un rebootage en interne et en attribuant un ordinateur adapté aux besoins spécifiques de chaque collaborateur. Nous évitons le sur-équipement en restant sobres dans les équipements de bureau tels que les double-écrans et les télévisions, ce qui permet une mutualisation renforcée et un allongement de la durée de vie du matériel.

Limites planétaires et compréhension générale

Pour évaluer notre impact, nous utilisons l’indicateur des limites planétaires par habitant (PBCI), qui permet de :

  1. Normaliser tous les indicateurs en « planète ».
  2. Pondérer chaque indicateur en fonction de son implication dans les crises environnementales.

Par exemple, une PBCI de 0,2 pour l’utilisation des terres indique que BTI-Advisory utilise environ 20 % de son budget annuel de terres arables pour ses activités informatiques. De même, une PBCI de 0,1 pour le réchauffement climatique signifie que chaque personne travaillant chez BTI-Advisory émet 10 % du capital GES uniquement pour les activités numériques.

Ce cadre divise notre système terrestre en 9 limites. Lorsque l’une ou plusieurs de ces limites est dépassée (valeur >1), il existe un risque accru de changement radical de système.

Pour notre étude, voici le graphe correspondant. 

Ce graphique montre que notre consommation numérique contribue significativement à notre empreinte environnementale.

Analyse de maturité

Notre maturité au sujet d’application des bonnes pratiques du numérique responsable a également été évaluée. Pour rappel, la méthode CMMI a été utilisée pour évaluer chaque pratique.  

Nous pouvons constater que les démarches amorcées autour de l’utilisateur et de ses outils de travail numériques sont plutôt positives, nos notes atteignant presque 3. Premièrement, notre équipe Green IT travaille régulièrement à sensibiliser les collaborateurs.trices aux bonnes pratiques Green IT, à travers diverses initiatives telles que les Fresques du Numérique, une sensibilisation initiale lors de l’arrivée des consultants.tes, des présentations, des articles, ainsi que la mise en avant d’une bonne pratique à mettre en place chaque mois. Deuxièmement, au niveau de la téléphonie, nous n’avons aucun poste fixe et seules les équipes des ressources humaines bénéficient d’un smartphone professionnel. Le BYOD est donc mis en place pour la partie téléphonique. Troisièmement, nous fournissons des ordinateurs portables en fonction des besoins spécifiques de nos collaborateurs.trices.  

De même notre gouvernance est bien amorcée sur le sujet de par la présence d’une équipe Green IT.

Cependant, au niveau des achats responsables, de la gestion du parc d’équipements et de la gestion logicielle, bien que des initiatives soient prises, il manque aujourd’hui le déploiement d’un process formel et documenté, intégré dans nos principes. Cela nous donne des axes de travail pour améliorer notre niveau.

Et la suite ? 

Pour avancer dans notre démarche Green IT, nous avons défini plusieurs actions stratégiques :

  1. Formalisation des initiatives
    • Objectif : Créer un cadre solide pour les initiatives Green IT.
    • Axes de développement :
      • Documentation des processus : Élaborer un guide clair sur les bonnes pratiques à adopter et à suivre.
      • Mise en place de KPIs : Établir des indicateurs de performance pour mesurer l’impact des initiatives sur la durabilité.
      • Formation continue : Développer un programme de formation régulier pour sensibiliser l’ensemble des collaborateurs aux enjeux du numérique responsable.
  2. Déploiement d’un programme BYOD sécurisé
    • Objectif : Réduire notre empreinte environnementale tout en optimisant les coûts.
    • Axes de développement :
      • Évaluation des risques : Mettre en place une analyse des risques pour garantir la sécurité des données dans un cadre BYOD.
      • Politique de sécurisation : Élaborer des politiques claires concernant l’utilisation des appareils personnels au sein de l’entreprise.
      • Support technique : Offrir une assistance technique pour aider les employés à configurer et à sécuriser leurs appareils.
  3. Élaboration d’une politique d’achats responsables
    • Objectif : Garantir la conformité de 100 % de nos achats avec notre politique Green IT.
    • Axes de développement :
      • Sélection de fournisseurs écoresponsables : Établir des critères de sélection favorisant les fournisseurs engagés dans des pratiques durables.
      • Cycle de vie des produits : Évaluer les impacts environnementaux des produits avant leur acquisition.
      • Sensibilisation des équipes d’achats : Former les équipes sur les critères de durabilité à intégrer dans le processus d’achat.

En intégrant ces actions, BTI-Advisory aspire à évoluer vers une maturité plus élevée en matière de numérique responsable. Nous visons un score de fiabilité supérieur à 60 % et une moyenne de maturité de 3 sur 5 pour nos pratiques Green IT. Ces efforts permettront non seulement de réduire notre empreinte écologique, mais également d’assurer une cohérence entre notre vision et nos actions au quotidien.